un brin de muguet

Mis à jour : 16 mai 2019

Ils prenaient l'air au soleil sur le trottoir ; on aurait dit des mineurs ou des évadés sauf qu'ils affichaient la probité nette de celui qui a l'âme en paix.

C'étaient l'installation et leur attitude et surtout les couleurs qui avaient provoqué chez Gilles l'arrêt instinctif du chien de chasse.

Nous avons engagé la conversation de part et d'autre de la rue Oudinot, une paire sur chaque versant de la rue ( j'entendais Gilles parler de la Grande Vadrouille), tandis que j'échangeais avec les deux autres acolytes des réflexions sur les départs en retraite.

J'ai découvert un métier : canalisateur et non pas égoutier comme les cuissardes et les casques pouvaient l'indiquer.

C'est grâce à eux que nous avons toujours de l'eau potable.

Imaginez, s'il faisaient grève, notre président privé de douche et condamné à la barbe !

Ils travaillaient sur tout un tronçon de canalisations qui vont être remplacées car en amiante. Ils raccordent sur un réseau provisoire et attendaient que la soudure refroidisse lorsque nous avons fait leur connaissance.

Un chantier plus important fait face à notre terrasse à La Rochelle : parfois cinq ou six véhicules de chantier se côtoient sur la même parcelle. Les ouvriers travaillent à ciel ouvert dans une ambiance plutôt joviale ; j'ai constaté que celui qui assumait les besognes les plus lourdes avait la peau noire ; sa silhouette s'impose chaque jour dans le mouvement des constructions, telle une statue incarnant l'effort ; il reçoit les blagues de ses compagnons de terrain avec élégance.

Il y a donc une hiérarchie à poste égaux, en fonction de la race ; c'est ainsi ; nous avons, enraciné en nous plus ou moins profondément, un racisme, qu'il serait bien hypocrite de nier, car il est démontré que les euphémismes ou autres égards de langage ont peu de prise sur l'ensemble d'une société et ses fonctionnements propres.

Une semaine après la fête du travail, nous célébrons la victoire, et la liberté qui allait avec pour une France occupée.

J'aurais aimé offrir des brins de muguet à ces joyeux travailleurs des entrailles de Paris.

Il me prend à rêver que les portraits qu'ils ont permis à Gilles de tirer les sortiront de l'ombre et de l'oubli.

Et si estime et admiration , comme la manne, se posait sur tous sans distinction aucune, si ce n'est celle du sourire gratuit ?



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Anna Serrand : anneserrand@wanadoo.fr

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