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Anna Serrand : anneserrand@wanadoo.fr

le large


L'état de siège est levé, pour un temps.

Après toutes ces images de ville enfumée qui ont fait le tour de la planète, il est temps de respirer, de s'étirer, de bâiller peut-être.

Pour ceux qui sont à l'abri. L'air , le bon air, a-t-il un prix ?

Et le prix à payer incombe-t-il surtout à ceux qui ne peuvent pas se payer une voiture propre?

Trêve de Noël.

Mais une autre pression risque de nous assaillir : les achats de Noël ; les courses fébriles avec des listes de plus en plus souvent, car le cadeau surprise ne plaît pas.

quelqu'un à la télévision disait la gorge nouée son angoisse à l'idée de ces fêtes , plus proches d'une cavalcade de uhlans sanguinaires que d'une période festive ; elle n'aurait pas les moyens de gâter ses petits enfants.

Il fut un temps lointain où les enfants recevaient une orange le 24 au soir , ou quelque chose de rare en plein hiver dans nos régions tempérées.

Et c'était merveilleux.

La société de consommation déclenche des phénomènes d'angoisse déraisonnable, l'angoisse de ne pas pouvoir s'offrir l'objet convoité ; il y a quelque chose de tranchant dans la démarche de désigner un objet , sortir sa carte de crédit et emporter la marchandise.

Il y a quelque chose de bien rude dans le choix de beaucoup d'entre nous , le choix du moins bien parce que c'est ce qu'il y a de moins cher.

Il y a quelque chose d'insupportable dans ce constat tout bête de notre inégalité devant les biens qui nous sont présentés, de ce grand fossé qui sépare ceux qui se refusent quasiment tout ce qui est bon et beau, et ceux qui arpentent les rues les bras chargés de sacs aux enseignes luxueuses.

Il y a quelque chose de doux dans l'échange entre personnes, au coin du feu ou autour d'une table dressée pour l'occasion, quelque chose de doux dans la simple fréquentation

des autres, de nos semblables, d'êtres en chair et en os, qui racontent encore parfois des histoires, déclenchent parfois des fous rires , des rires aux larmes, qui rachètent les larmes de rage de ceux qui n'en peuvent plus de s'user quotidiennement à gagner une vie, une vie réduite à un salaire , une pension, un numéro de sécurité sociale, juste un numéro.

©photos Gilles Serrand

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