Avec Renoir

C'est tombé comme un soufflet ; les cadeaux déballés, le foie gras avec le champagne et les bûches, et les truffes ; il se peut qu'en sortant je rencontre sur le trottoir mon premier cadavre de sapin, avec ou sans sac de morgue.

C'est comme ces comédies musicales des années cinquante avec Gene Kelly ; oui, justement Brigadoon, une année était diffusé sur nos chaînes françaises en période festive ; ça nous plongeait dans un monde merveilleux où les couleurs sont plus vives , où tout est sans un plis sans une trace de pellicule sur le revers du veston, avec en prime le sourire et la grâce du premier rôle, et des ballets qui transportent sur des musiques peut-être un peu trop gonflées d'un je ne sais quoi...

Jean Renoir dans un entretien recueilli dans La Politique des Auteurs ( Cahiers du Cinéma), s'exprime de façon lumineuse sur la féérie :

Si le film nous apportait plus de féérie et nous plongeait dans un rêve agréable!

pas du tout : au contraire, c'est la réalité qui est le rêve agréable. les chefs- d'oeuvres littéraires , théâtraux ou cinématographiques apportent de temps en temps un film de qualité qui est aussi une féérie, une illusion, mais cette illusion a l'avantage de vous rapprocher davantage de la réalité...

Quand on sort d'un film de Jean Renoir , ce film nous tient chaud aussi longtemps qu'on se le remémore mais justement comme ces animaux de compagnie qui meublent mieux qu'aucun fauteuil moelleux nos espaces de vie : les séquences de la Partie de Campagne ou du Fleuve ne narguent pas notre bouilloire du matin ni nos charentaises ni notre mine de petite chose ensommeillée. Elles accompagnent nos gestes les plus simples et se contentent de les éclairer au plus juste.

En ce moment au musée d'Orsay, dans la galerie qui file au-dessus de Gauguin, a lieu l'exposition sur Renoir père et fils ; que ceux qui n'aiment pas le peintre ne se privent pas d'un moment précieux ; c'est le cinéma qui accueille les visiteurs : les salles sont autant de salles de projection avec leur numéro au-dessus de l'entrée, et de larges écrans diffusent les premiers pas dans le cinéma de Dédé le dernier modèle de Pierre Auguste , qui deviendra sur les écrans Catherine Hessling, les quadrilles de French Cancan, les fumées de la Bête Humaine, et des barques sur l'eau, de la Seine ou du Gange.

Après 1918, Jean avec son frère , travailla la céramique , métier d'artisan, tradition familiale puisque le grand-père était tailleur.

Le fils comme le père, admirait plus un bon boulanger qu'un grand personnage ; le mérite, la grandeur , résident dans le travail accompli par l'artiste, et non dans ses démonstrations ; question de respect peut-être ; s'en tenir à ce qu'on peut faire, et le faire le mieux ; comme le disent les deux Renoir, la meilleure baguette ou le meilleur film.

Pour ceux qui aiment le cinéma de Jean Renoir, son humanité, c'est le substantif qui revient souvent lorsqu'on évoque le réalisateur de Boudu Sauvé des Eaux.

Humus, ce que laissent les feuilles lorsqu'elles rejoignent la terre après deux saisons dans le ciel ; l'humus que l'on piétine et qui féconde la terre.

Un cinéma qui nourrit nos petites semences de féérie.

Post scriptum

le petit garçon qui était assis sur la banquette entre sa maman et moi ne loupa aucune image de la Partie de Campagne et lorsqu'un volet indiqua la fin, il dit :

- Encore !


Vidéo dans la galerie de l'accueil

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Anna Serrand : anneserrand@wanadoo.fr

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