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Anna Serrand : anneserrand@wanadoo.fr

Exposition universelle de 1900, gare d’Orsay : un jeune andalou frais sorti de l’académie des Beaux Arts de Barcelone, accompagné de son ami Carl Casagémas, débarque à Paris ; il ne doit pas lui rester grand chose des économies que son père Don Ruiz Blasco, peintre et professeur de son métier, a rassemblées pour ce voyage.

 

Premier tableau de l’exposition Picasso Bleu Rose :

La Jeune Femme à l’Eventail

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mystère captivant et doux de ce visage nous emporte bien loin ; son bleu pourrait être celui d’un Léonard de Vinci, Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant.

L’attitude fait songer à une étude de Pierre Paul Rubens ; l’absence de décor nous plonge dans l’espace sacré des icônes.

Tout porte à croire qu’elle est saltimbanque, et que ce sont les feux de la rampe d’une piste de cirque qui l’éclairent.

Elle ouvre le rideau sur une cérémonie, un spectacle qui se dévoile au fil des salles de l’exposition, à travers les jours de sa scénographie :

Et ce spectacle c'est 

 

la Vie 

 

qui couvre la toile académique Les Derniers Moments (les toiles coûtaient cher aux jeunes artistes de la butte).

La Vie, où le visage du camarade disparu, Casagemas , hante la toile.

Plus tard Picasso définira l’art ,

« fils de la douleur et de La tristesse ».

Mais il évoquera aussi

« un soleil dans le ventre aux mille rayons »

 

Dans la grande salle en forme de prélude, un autoportrait fauve affirme l’artiste dans la première mue qu’il vécut à Horta de Ebro lors d’une convalescence.

 

Elle dévoile d’emblée une autre exposition dont Picasso fut artiste et commissaire en 1932 aux galeries Georges Petit. Il avait « mal exposé »,sans doute selon les critères de cette époque puisqu’il était difficile d’y trouver une suite logique ou chronologique.

 

Toujours est-il qu’en 1901, le jeune peintre désire révolutionner l’art et qu’il choquera ses amis dès ses premiers tableaux bleus, à tel point qu’il rassura son ami et écrivain Sabartès, à son arrivée de Barcelone par « ce qui me rassure c’est que je ferai pire demain ! »

 

Tel l’Arlequin bariolé qu’il s’est choisi comme alter ego sur la toile, l’artiste aime la pirouette et n’a pas grand scrupule à tourner autour de Colombine .

Mais revenons à ce bleu qui remplaçait le noir lorsque Renoir et ses camarades en manquaient.

L’un des amis poète de Picasso, Apollinaire, écrit ceci  :

 

L’espace d’une année, Picasso vécut cette peinture mouillée , bleue comme le fond humide de l’abîme et pitoyable.

 

Le Greco à Tolède; à Paris , Poussin, Ingres, et puis Gauguin, Degas , Toulouse Lautrec , et encore Cézanne ! Le jeune artiste but à ces  sources et travailla dans ce perpétuel émerveillement des maîtres et de la création originelle.

 

Une autre grande toile, comme l’aboutissement de la série de Saint Lazare et des scènes de la Belle Époque tout à la fois :

 

La Jeune Fille à la corbeille 

 

Cette soeur de La Mendiante Rousse à qui Baudelaire consacra un poème, et qui occupait les murs du Louvre, eut bien ri si on lui avait fait part de la somme astronomique qu’un collectionneur déboursa récemment pour l’acquérir.

 

Rose « comme la mariposa, (papillon), c’est éphémère »(Picasso)

La période des saltimbanques, comme un passage de la nuit au jour,  coïncide avec l’installation au Bateau Lavoir avec Fernande , le Rendez-vous des poètes , les rencontres cruciales de Max Jacob, puis de Guillaume Apollinaire :

 

 Les sœurs adolescentes foulant en équilibre les grosses boules des saltimbanques, commandent à ces sphères le mouvement rayonnant des mondes...la couleur a des matités de fresques.

 

Un collectionneur natif de la Réunion, Ambroise Vollard , exposa le premier ce jeune peintre qu’un riche industriel catalan, Mañac, lui présenta.  Vollard  avait , sur les conseils d’Edgar Degas ,acheté tout l’atelier de Cézanne , et sa vitrine suscitait souvent les quolibets des passants.

 

   Mais lorsqu’en 1901, l’écrivain désargenté Max Jacob passa rue Laffitte , il laissa sa carte à monsieur Vollard tant les toiles du jeune Picasso l’avaient transporté.

Dans la Vérité du Poète , Max Jacob décrit la soirée qu’il passa avec Picasso et ses amis catalans , à boire , écouter la guitare et parler jusqu’à une heure avancée de la nuit.

 

Quand ce même Ambroise Vollard lui acheta le fond de son atelier en 1906, Picasso partit se ressourcer à Gosol dans un village reculé de Catalogne.

Un court voyage en Hollande en compagnie de Max Jacob, avait déjà changé quelque chose dans sa façon de peindre.

Gosol est un grand pas dans l’espace primitif et uni.

Déjà , lorsqu’un protégé d’Apollinaire( qui en paya les pots cassés) lui offrit l’une des statues ibériques qu’il avait subtilisées au Louvre, il eut un choc devant cet objet venu du très lointain de sa terre andalouse.

 

De la Vie , aux Demoiselles d’Avignon, un cheminement obstiné vers l’unité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les peintres de la Renaissance avaient révolutionné l’art  en travaillant de façon scientifique à la mimésis. La perspective assurait une construction parfaite , un objet fini, réduit aux canons chiffrés des mesures et des valeurs. Et si la fameuse ligne de fuite donnait du champ au regard c’était circonscrit à des horizons prédéterminés .

Le classicisme tant requis pour faire ses preuves au dix neuvième siècle dans les salons dédiés à la peinture, Picasso le maîtrisait parfaitement.   Preuve en est cette Première Communion exécutée à quinze ans.

L’art si raffiné des seizième dix-septième et dix-huitième siècles avait agi par analyse, et non par synthèse.

Picasso, avec quelques contemporains, fut soucieux de cette synthèse , de ce respect infini pour la vie dans sa plénitude, de cette unité dont parlera Max Jacob  , ou Georges Duthuit, gendre de Matisse.

 

La Vie ramène tous les personnages vers un centre qui paraît être la matrice d’Eve. C’est déjà un ensemble compacte.

Toutes les études qui suivront pendant la mue de Gosol , aboutiront à ce qui fut baptisé cubisme, et qui fut pressenti dans l’œuvre de Cézanne.

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